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 (saul) ▬ so much has come before those battles lost and won

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MessageSujet: (saul) ▬ so much has come before those battles lost and won   Lun 10 Avr - 1:58



SO MUCH HAS COME BEFORE THOSE BATTLES LOST AND WON
saul & thalia






Le soleil se levait paisiblement sur la belle Louisiane encore endormie. Je posai ma tête contre la portière du camion militaire d’un autre âge qui filait depuis près d’une heure sur la route de Beaumont. La campagne verdoyante défilait à vive allure à travers les vitres sales. Nous étions partis de Lafayette avant l’aube alors que la ville était encore plongée dans un sommeil profond. Il s’agissait de ma première sortie à l’extérieur du camp depuis mon arrivée, un peu plus de deux semaines auparavant. Je laissais mon regard s’évader hors de l’habitacle. La douce lumière printanière nimbait de reflets dorés la verdure parsemée d’un tapis de fleurs roses et le bleu du ciel se miroitait dans les petits étangs qui bordaient la route. Au loin, un corps décharné animé par l’élan moteur machinal dont étaient désormais dotés les morts traversait un pont de bois. Je n’avais pas vu de rôdeurs depuis tellement longtemps. Ce contact visuel provoqua en moi l’étrange sensation d’émerger de la torpeur d’une réalité alternative, utopique, onirique.  J’avais passé les derniers jours sous des doses assommantes de morphine, il y avait également eu cet épisode de fièvre post-opératoire qui m’avait fait expérimenter les méandres du délire. La réalité du monde extérieur me frappait de plein fouet mais elle était comme enrobée d’un halo romanesque.

Mes yeux se posèrent sur les miliciens qui m’accompagnaient ce jour-là. J’avais la sensation de ne pas être tout à fait prête pour la mission qui m’attendait. J’étais encore faible, mon bras me faisait souffrir le martyre et les puissants antalgiques prescrits par les médecins me faisaient planer. Concrètement, j’ignorais si mon état me permettrait d’affronter le moindre zombie. Néanmoins, lorsque le Conseil m’avait proposé de remplir la première partie de mon engagement et de mener une petite équipe de miliciens vers l’un des entrepôts dont j’avais fait mention lorsque j’avais négocié mon ticket d’entrée à Lafayette, je n’avais pas pu refuser. A vrai dire, je me languissais de voir ce moment arriver. J’avais besoin de payer au plus vite ma dette envers cette communauté aux règles et pratiques absurdes dont je ne savais quoi penser. Il m’était inconcevable d’être tout à fait libre parmi eux tant que je leur étais encore redevable.

J’étais sur le point de m’assoupir, bercée par le bruit du moteur et la douce magie des opioïdes lorsque le véhicule pilla brusquement. Le conducteur sortit du camion et, après en avoir brièvement fait le tour, il fit signe à son collègue de le rejoindre sur l’asphalte. Une brève conversation quelque peu animée s’en suivit, il s’agissait vraisemblablement d’une histoire de pneu crevé et de roue de secours oubliée. Je jetai un oeil à la borne kilométrique qui bordait la route. Notre destination nous tendait les bras, la distance pouvait aisément être parcourue à pieds mais l’expédition était tout à fait vaine si nous ne pouvions ramener les vivres au camp. Nous avions besoin d’un véhicule ayant la capacité de transporter de la marchandise en grande quantité. Je laissai les trois hommes s’engueuler gaiement, les observant furtivement depuis la cabine. Je n’avais décemment pas à intervenir, je n’étais qu’une invitée. Ils semblèrent enfin s’accorder sur un plan. On m’invita à descendre du camion ce que je fis sans tarder. Deux groupes furent constitués. Le sous-chef en charge des raids extérieurs et moi-même irions vers l’entrepôt afin d’avancer le travail, les autres rebrousseraient chemin vers une concession automobile qu’ils avaient repérée quelques kilomètres plus tôt et nous rejoindraient une fois le problème mécanique réglé. C’est ainsi qu’après de succinctes salutations d’usage, nos routes se séparèrent.

J’esquissai un petit sourire à destination de mon partenaire du jour alors que nous nous mettions en chemin. J’avais passé le voyage à lui lancer de discrets regards. Malgré son air peu avenant et son appartenance à la milice censée le classer d’emblée dans la catégorie des personnes à éviter, je ne pouvais m’empêcher de le trouver sympathique. Je ressentais l’étrange et inexplicable envie de m’assoir avec lui autour d’un feu de camp et de boire quelques bières au son d’une guitare folk. Je tâchais de faire abstraction de ce ressenti absurde et quelque peu déstabilisant, me concentrant sur la sensation de l’asphalte sous mes bottes, l’air doux soulevant mes cheveux indisciplinés, l'odeur de la rosée du matin perlant sur la terre. Evoluer loin des murs de Lafayette me faisait un bien fou, j’avais l’impression de revivre. Je me tournai vers Saul. « Le bâtiment se trouve un peu avant l’entrée de Lake Charles, c’est un genre de grand hangar sans réel signe distinctif situé juste après une déchetterie. J’espère qu’on aura pas droit au comité de rôdeurs pour nous servir le cocktail de bienvenue. » Je marquai une pause d'un instant et mes sourcils se haussèrent. « Quoi qu’un peu d’action ne me ferait pas de mal… j’ai l’impression d’être dans un quatre étoiles à Lafayette, je commence à rouiller. » Je passai machinalement ma main sur mon bras convalescent, réalisant que je parlais bien plus ouvertement qu’à l’accoutumée. La morphine expliquait probablement mon comportement quelque peu désinhibé, j’avais la veille encore fixé les beaux yeux de Forsythe Pratt avec tellement d’intensité que j’avais failli m’en crever la rétine. Il valait clairement mieux pour notre survie à tous les deux je ne sois pas exaucée.


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MessageSujet: Re: (saul) ▬ so much has come before those battles lost and won   Mer 12 Avr - 2:32


SO MUCH HAS COME BEFORE THOSE BATTLES LOST AND WON.


Ils avaient embarqué aux aurores, à cet instant hors du temps où la lumière flirtait avec la perfection. Les Hommes réunis, on avait donné le signal du départ. Les larges portes avaient grincé dans leurs gongs précaires. Sitôt monté à l’arrière du pick-up, Saul avait rabattu la capuche de son manteau sur son visage et s’était assoupi entouré des flingues et fusils, des maigres provisions et des barils d’essence embarqués pour l’occasion. Les yeux fermés, il s’était laissé porter par les va et vient de la route et avait sombré dans un sommeil lourd, peuplé de rêves étranges.

C’est qu’il dormait si peu, entre Agate et ses cauchemars, lui et sa jambe, les morts-vivants et les craintes toujours renouvelées. Depuis qu’on lui avait assignait des responsabilités qui le dépassait, Saul ne savait plus où mettre sa conscience. Il s’était enfermé dans la résignation de ces pauvres âmes maudites des cataclysmes et des Dieux, dans un tragique particulièrement sordide. Les antidouleurs qu’on lui prescrivait pour le moignon qu’était sa jambe, et qui prenait parfois des proportions rougeâtres inquiétantes, ne faisaient que l’assoupir d’autant plus. Il profitait de ces instants de sécurité relatives, entouré des hommes qu’il avait lui-même sélectionné au compte-goutte pour laisser aller sa fatigue. Car ces derniers jours ne lui avaient pas laissé le plus de repos non plus. A leur grande surprise, les enfers avaient recraché à leur porte une méfiance et un espoir. Une fille au teint pâle et au visage familier. Avec de quoi se payer un aller gratuit pour Layette-land, service inclus. Autant dire que l’organisation de l’expédition avait pris du temps, un temps nécessaire, et bien que l’état physique de la femme eût longuement retardé l’échéance, Saul avait pu le sentir : tout le monde avait peur. Peur de sortir, peur d’y aller. Malgré la perspective de la récompense et d’un stock dont ils avaient tous bien besoin. Peur comme depuis le début des temps, de cet environnement sordide, qui ne voulait que leur mort.

Le camion pila brutalement, sortant le militaire de son sommeil. On le héla depuis l’extérieur du véhicule. Dans un juron précipité, Saul se leva brutalement, jambe boiteuse, et vint rejoindre le chauffeur. « Fais chier. » Balança-t-il haut et fort, pour évacuer sa colère et la fatalité de la situation. Un large clou avait percé le caoutchouc et leur faisait le plus dégueulasse des doigts d’honneur, la tête émergeant vaguement du pneu. Sans plus attendre, Saul vint étirer la carte à même le sol. Ils étaient proches. Moins d’une heure à pied. Assez de temps pour les gars d’aller changer la roue et de revenir. Assez pour prendre de l’avance et nettoyer la zone. « Laisse le camion ici. Embarquez les bidons. Revenez avec la roue et rejoignez-nous une fois que c’est réparé. » Il se redressa et fit un signe en direction de la femme. « Thalia, tu viens avec moi. » Il lui tendit un fusil, attrapa le sien, et sans perdre plus de temps, se mit en route.

Lorsqu’il lui jeta un coup d’œil discret après quelques minutes de silence, et qu’il perçut son sourire derrière les mèches brunes, Saul le lui rendit avec une étrange timidité. Il avait eu l’occasion de la croiser à plusieurs reprises lors de ses audiences auprès du conseil, et des réunions qui avaient précédé l’expédition. Ce visage qui lui semblait si familier et qui lui rappelait les soirées d’été et le vent chaud du mois d’aout sur les ponts des porte-avions, où mouillant dans les ports, il avait passé son temps allongé à contempler le ciel. Libre. Saoul. Éternel. Saul rajusta son sac sur ses épaules. Le souvenir lui sembla soudain bien ridicule et il l’évacua de son visage froid et inerte, où les cernes bataillaient avec les rides. « Ça grouille dans les environs. Si tu cherches de quoi te faire la main, c’est le bon endroit. » Il était facile de s’habituer au confort de Lafayette, il l’avait vite compris lui aussi. « Comment va ton bras ? » S’enquiert-il en regardant distraitement autour d’eux, cherchant à l’horizon l’ombre du bâtiment qu’elle avait précédemment décrit. Réel intérêt ou moyen détourner de vérifier l’état de sa partenaire en cas d’affrontement. « J’avais demandé à ce qu’on ne t’embarque pas aussi tôt, mais ils ont refusé. Désolé. » Lança Saul brièvement, d’un nouveau sourire. Pas qu’il avait insisté. Mais lui-même avait hâte d’arriver à destination. Hâte de constater de la véracité de ses dires. Difficile d’y croire, avec des environs si calmes. Soudain, en plein milieu de la route, Saul s’arrêta. Leva la tête vers le soleil à présent levé. Il prit une profonde inspiration. « Il va faire beau. » Lâcha-t-il au vent.


Dernière édition par Saul Vasarely le Sam 15 Avr - 16:20, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: (saul) ▬ so much has come before those battles lost and won   Jeu 13 Avr - 22:07



SO MUCH HAS COME BEFORE THOSE BATTLES LOST AND WON
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Les rayons du soleil se faisaient à chaque minute plus intenses, je commençais à sentir la douce chaleur de l’astre sur ma peau. Le parfum des fleurs sauvages regroupées çà et là en petits bouquets flottait dans l’air et la route qui s’étirait devant nous entre les prairies encore verdoyantes me rappelait celles que je parcourais plus jeune, sac à dos solidement arrimé sur mes épaules et chaussures de randonnée recouvertes de boue séchée aux pieds, grisée par un exaltant sentiment de liberté. Qu’elle était belle cette époque où l’aventure avait encore quelque chose d’excitant. Mon regard s’attardait sur l’atmosphère bucolique de cette matinée ensoleillée qui me donnait presque envie de m’assoir dans l’herbe et de tisser des couronnes de fleurs, c’était comme si l’univers avait choisi cet ici et maintenant pour nous prouver que l’enfer sordide, hideux et chaotique dans lequel nous étions plongés pouvait encore être sublimé. Un sourire ironique vint s’inscrire sur mon visage. Ce n’était pas la première fois que le monde me paraissait moins laid qu’à l’accoutumée et, inexorablement, ce salaud de destin finissait toujours par tout foutre en l’air. Peut-être s’amusait-il des contrastes. Pour ma part, j’avais appris à saisir chaque once de beauté comme l’on récolterait une goutte d’eau en plein désert, avec précaution, prudence et retenue. Il n’y aura pas de couronnes de fleurs au programme de la journée.

Je m’attardai quelques instants sur les traits de Saul lorsque celui-ci me rendit mon sourire. Mes sourcils se froncèrent légèrement sous l’effet d’une certaine surprise quand je l’entendis s’enquérir de l’état de mon bras puis s’excuser d’avoir abrégé ma convalescence en m’entraînant si tôt dans une expédition potentiellement périlleuse. Il n’avait clairement pas l’attitude froide, rigide et indifférente que j’attendais d’un membre du Conseil. La sollicitude de Vasarely m’invitait à remettre en cause la méfiance spontanée que je pouvais avoir à son égard, à aller au-delà de mes a priori, à lui accorder le bénéfice du doute. Ma main vint machinalement masser mon bras blessé, réveillant instantanément une douleur lancinante. Une discrète grimace s’afficha sur mon visage. « Tant que je le sens encore, c’est bon signe non ? » Je fis faire à ma tête humérale quelques mouvements de rotation dans  la glène de ma scapula. « Ne sois pas désolé, je suis contente de sortir. Je prends ça comme ma première séance de kiné. » Je n’en étais pas à ma première blessure. Dans ce monde hostile, il était essentiel de se remettre en selle le plus rapidement possible. Un sourire amusé se dessina sur mes lèvres lorsque je vis Saul s’extasier sur la météo. « Une journée parfaite pour aller s’enfermer dans un hangar désaffecté. » Je ne pouvais m’empêcher d’observer le milicien comme si je tentais de trouver sur son visage la clé qui me permettrait d’expliquer cette étrange sensation de familiarité que je ressentais en sa présence et dont je ne parvenais à me défaire. Depuis le début de l’épidémie, j’avais croisé tellement d’humains errant tout comme moi à travers les ténèbres que certaines figures se faisaient floues, elles se mêlaient les unes aux autres. Le parfum de ce souvenir que mon intuition semblait percevoir à travers les strates opaques de ma mémoire n’était pourtant pas celui de la putréfaction, de la crasse, de la pestilence. Non, cet homme évoquait en moi la fragrance de la fleur d’oranger. Saul partageait-il mon ressenti ? J’en étais tellement perturbée que je ne trouvais pas le courage de lui poser ouvertement la question.

Nous nous remîmes en marche, faisant cap vers l’ouest. Quelques bruissements de feuilles émanèrent soudain d’un taillis bordant la route. Je me figeai aussitôt et levai la main en l’air afin d’inciter mon partenaire du jour à en faire de même. Une fois le silence installé, une sonate de grognements parvint jusqu’à nos oreilles. Deux cadavres ambulants ne tardèrent pas à apparaître entre les troncs. Je me tournai vers le milicien, l'air déterminé. « Laisse-les moi. » Je lui tendis le fusil qu’il m’avait confié plus tôt et qui risquait de m’encombrer plus qu’autre chose face à des rôdeurs. Je sortis mon Ka-Bar de l’étui en cuir accroché à ma ceinture. J’esquissai un sourire en voyant le soleil se refléter sur la lame qui n’avait pas vu la lumière du jour depuis plusieurs semaines. Je pris une grande inspiration puis m’approchai du taillis. Je tapai sur ma cuisse afin d’attirer le couple d’infectés vers un zone plus dégagée. Le premier s’approcha aussitôt. J’agrippai son pull afin de le stabiliser puis enfonçai mon couteau dans son crâne, renouant avec une sensation que j’avais presque oubliée. L’ennemi était vaincu mais mon bras était en feu. Je tentai de retirer ma lame coincée dans l’os frontal du cadavre mais la douleur empêchait mes muscles de se contracter avec une force suffisante pour l’en extraire. Le second rôdeur approchait dangereusement ses membres décharnés de mon anatomie. Je lâchai le couteau, le laissant enclavé dans le crâne de ma première victime. Je fis volte-face puis donnai un violent coup de pied à l’écorché qui tomba à terre. Son état de putréfaction avancé me permit de l’achever à coups de botte en pleine tête. L’adrénaline retomba subitement lorsqu’il cessa enfin de bouger. Je me penchai en avant, les mains posées sur les cuisses. Mon coeur battait la chamade, j’étais à bout de souffle. Je me redressai rapidement afin de ne pas montrer davantage de signes de faiblesse. Je ne me leurrais pas, je me savais jugée. Je prenais pleinement conscience des conséquences de ma blessure, notamment des limitations cardio-respiratoires imposées par l’anémie secondaire aux litres de sang perdus. Je passai ma main dans mes cheveux et jetai un regard au ciel, tentant de reprendre ma respiration. Mes capacités d’endurance frôlaient clairement les pâquerettes, la journée s’annonçait laborieuse.



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MessageSujet: Re: (saul) ▬ so much has come before those battles lost and won   Sam 15 Avr - 17:13

Ses pieds avaient beau s’embourber dans les flaques de boue que le vent et la pluie avait retourné quelques jours auparavant – et sa prothèse d’aller frotter la cuisse et les cloques laissées là par les expéditions précédentes – il n’y avait rien que Saul ne troquerait contre le plaisir de s’éloigner des abords sinistres de leur campement. Chaque semaine amenait son lot de drame et de difficulté que le conseil s’évertuait à évacuer le plus rapidement possible, à coup de lois, de punition ou de peloton d’exécution… Rien pour lequel on aurait pu les préparer, ni les prévenir, ni les envier. Saul savait leurs décisions parfois terribles, parfois injustes, parfois horrifiantes, mais devant les responsabilités qui les encombraient, ils faisaient le choix du groupe et du plus grand nombre. Le destin d’un seul individu importait peu lorsque c’était l’avenir de toute une race qui était menacé.

Aussi quand son excuse fuse, soufflée à demi-mots, elle ne naît que dans un besoin égoïste de bien faire les choses. Il avait, lui aussi, levé la main en attendant son nom ; et Randy d’acquiescer avec un hochement de tête approbateur. Autant profiter qu’elle soit encore vivante – et si tenté qu’elle le reste. A cette observation crue, Saul s’accrochait parfois, lorsque son regard déviait de la route pour tomber sur son interlocutrice. Dans d’autres circonstances, dans un autre temps, son discours aurait sans doute été bien différent ; mais malgré la compassion sincère qui semblait l’habiter, le sous-chef avait grande hâte d’apercevoir les contours du hangar en question. Peut-être le conseil tenait plus à l’information qu’il ne tenait à l’indic’. De l’audience de Thalia Davenport, il retiendrait que c’était l’imminence de sa mort qui l’avait poussé à venir frapper aux portes du campement. Alors de la même manière dont elle l’observait avec ce regard incertain, en attendant qu’il lui prouve de sa valeur morale, Saul cherchait la véracité dans le fond de ses yeux. Sur ce visage blanc, malade, qui lui rappelait pourtant l’odeur d’alcool et le bruit d’une musique entrainante.

En référence à la douleur de son bras, Saul frappa deux coups secs sur sa fausse jambe. L’écho de l’aluminium résonna sous le tissu. « Je connais une méthode radicale si tu veux. » Rarement faisait-il référence à son membre amputé et rarement laissait-il échappé un ricanement d’auto-dérision, pourtant le son de sa voix fit quelques rebonds dans les buissons alentours. Rire interrompu par le froissement des buissons. Saul dégaina son couteau, mais Thalia fut la plus rapide. Laisse-les moi. Amusé, l’ancien militaire la déchargea de son fusil et s’écarta légèrement de la zone d’affrontement. Attentif, il eut bien vite fait de comprendre que Davenport n’aurait pas besoin de lui pour ce match-ci. Il pouvait bien voir les difficultés que lui causait son bras, ou la profondeur dans laquelle le couteau s’était enfoncé et qu’elle ne parvenait pas à dégager pour se débarrasser du deuxième cadavre ambulant. Mais pas un instant Saul ne s’inquiéta de sa situation. Il alla même s’assoir sur un tronc déraciné, les deux fusils en main, pour attendre la fin de l’échauffement. Dix coups de bottes plus tard, le machin mourut dans des gargouillements difficiles. Saul renifla avant de lancer d’un sourire : « Ça fait du bien ? » Et sans plus de commentaires, parce qu’il avait vu ce qu’il avait voulu voir, il sortit la carte de la poche de sa veste.

« On approche. » Lui annonça t-il lorsque Thalia se fut rapprochée du tronc. « Cinq minutes vers l’est. » Il désigna la direction. « Juste derrière ces bosquets. Comme je t’ai dit, il est possible que ça grouille pas mal. On ferait bien de faire profil bas à partir de maintenant. Faire le tour des lieux, s’économiser et essayer de tuer le moins de baveux possible. » Son regard tomba sur les deux cadavres. « Si l’endroit est aussi rempli que tu le dis, on va devoir revenir. Et les morts font pour une protection naturelle efficace. » Saul ne précisa pas contre quoi. Il fourra la carte dans sa poche et se leva avec difficulté. En tendant le fusil à Thalia, il lui glissa finalement, à demi-mots : « Fonctionnaire, hein ? » Son ton était celui de la blague mais son sourire se figea. Difficile d’y croire avec une telle souplesse dans les mouvements. Avec une telle précision. Il lâcha le fusil et se mit en route, prenant la tête. Aux pieds des bosquets, il lui indiqua de se baisser et en fit de même, sa prothèse grinçant brièvement alors qu’ils progressèrent au ras des pâquerettes. S’étendant sur le ventre, Saul alla chercher ses jumelles de la poche extérieur de son sac. Devant eux, le hangar s’étendait, tel que Thalia l’avait dit. Le militaire sentit ses nerfs tressaillirent. Ils y étaient.
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MessageSujet: Re: (saul) ▬ so much has come before those battles lost and won   Mer 26 Avr - 20:50



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Mon rythme cardiaque se stabilisait doucement. Ma respiration retrouvait une amplitude correcte et une fréquence raisonnable. L’adrénaline était brutalement retombée, elle avait laissé place au vide, au calme après la tempête. Une légère brise venait rafraîchir mon visage sur lequel perlaient quelques gouttes de sueur. Je tournai la tête vers Saul lorsqu’il me demanda si ça faisait du bien. Un sourire se dessina au coin de mes lèvres, il ne pouvait pas s’imaginer à quel point c’était le cas. J’étais tout à fait exténuée mais je me sentais terriblement vivante. Je contournai le cadavre du premier rôdeur que j’avais eu le privilège d’achever, empoignai le manche de mon couteau encore incarcéré dans son crâne et exerçait une traction sur l’arme blanche tout en serrant les dents. Je parvins à l’en dégager au prix d’intenses efforts. J’essuyai la lame souillée de matière organique poisseuse sur les feuilles d’un arbre avant de rejoindre Varsarely qui semblait fort concentré sur la lecture d’une carte. Je tentais de l’imaginer au front mais je n’y parvenais guère, il n’était pas entourée de cette aura d’autorité froide et impénétrable qui caractérisait la majorité des miliciens. Ma perception de l'impalpable n’était pas le seul paramètre en cause. Sa posture et la manière dont il me parlait n’étaient objectivement pas en adéquation avec son rôle. Je ne pouvais chasser cette sensation de dissonance de ma tête. Nous partagions pour une raison obscure une intimité indéfinissable. Si j’avais cru aux vies antérieures, mon esprit aurait probablement été comblé par cette explication. Faisant partie des rationnels, il me fallait me contenter de l’hypothèse d’une anomalie, d’une confusion dans le fonctionnement de mon cerveau. Peut-être me rappelait-il quelqu’un de mon passé, un personnage de film, l’un des protagonistes de mes rêves tordus. Le mystère persistait.

Nous approchions sérieusement du hangar. Je reconnaissais les éléments du paysage qui l’entouraient, j’avais eu l’occasion de les voir sur des images satellites lors du processus de sélection des lieux de stockage. Je savais qu’il n’y avait qu’une bande de végétation entre l’entrepôt et notre position actuelle. Je savais également que la porte ouest du bâtiment qui nous ferait face à notre arrivée serait scellée et que notre meilleur espoir était de contourner les lieux et d’emprunter l’entrée orientée vers le nord. Je jouais pour le moment la carte du silence et laissais Saul mener la danse, il ne fallait pas que je laisse entendre que j’en savais davantage que je ne le prétendais. Il me faudrait orienter subtilement l’expédition en m’adaptant à l’environnement. Saul me sortit de mes songes, évoquant mon ancien métier sur un ton semblant ouvrir la conversation. J’esquissai un sourire, tentant de masquer tout signe de nervosité et de réveiller l’ancienne assistante juridique qui n’avait jamais sommeillé en moi. « Ce n’est pas l’aspect de ma vie que je regrette le plus. » Ce n’était pas tout à fait mensonger. Mes anciennes activités me paraissaient ironiquement obsolètes, j’avais dédié ma vie protéger mon pays des attaques les plus élaborées et c’était un minuscule micro-organisme dénué de capacité de réflexion qui nous avait mis à terre. Cette partie de mon existence appartenait définitivement au passé, au mien et à celui du monde.

Nous progressâmes doucement, faisant toujours cap à l’est. Nous nous arrêtâmes au milieu des fleurs printanières et nos corps vinrent épouser le sol. Mon visage s’éclaira lorsque Saul, oeilletons collés aux orbites, sembla réagir à la vue du hangar dont les contours se dessinaient au loin. Je levai ma main vers lui afin de m’emparer des jumelles et mes doigts vinrent involontairement frôler les siens. Une décharge électrique remonta jusqu’à ma nuque avant de me parcourir l’échine, comme si le contact de sa peau m’était familier, qu’il avait réveillé en moi un réflexe déjà existant. Je restai quelques instants figée, comme capturée par cette étrange sensation, mon regard déstabilisé perdu dans le sien. Je ramenai les jumelles vers moi et jetai un coup d’oeil distrait à travers avant de lui rendre. « Allons-y. » Je me relevai lestement puis commençai à me frayer un chemin à travers les arbustes. L’esprit perturbé par cette singulière chaleur électrique dont je ressentais encore l’écho, je n’entendis pas le froissement presque imperceptible des feuilles derrière le tronc que je venais de dépasser. Quelques secondes plus tard, je me retrouvais à terre, la cheville enserrée par la main décharnée d’un rôdeur rampant tandis que l’un de ses putrides congénères, probablement attiré par le bruit, s’approchait dangereusement de mon visage.



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MessageSujet: Re: (saul) ▬ so much has come before those battles lost and won   Dim 30 Avr - 16:35

Sa question resta sans réponse. Ou plutôt, évasive, fuyante, elle l’évacua d’une parade qu’il accueillit d’un froncement de sourcil pas tout à fait convaincu. Saul n’était pas spécialiste de la psyché humaine, et il semblait parfois avoir du mal à distinguer les mensonges du reste. Celui-là ne semblait pas en être un, mais le vague qui l’entourait dissimulait sans doute quelques vérités qu’elle ne voulait pas exposer à tous. Et surtout pas à lui. Allongé sur le sol froid et dur, Saul tenait fermement ses jumelles et laissait son regard voguer aux abords du bâtiment. Il regrettait de n’avoir ramené un autre de ses hommes avec lui, surtout que sa méfiance envers Davenport commençait à prendre des proportions inquiétantes. Néanmoins, tout était là, tel qu’indiqué. Et tel qu’anticipé, la zone grouillait de rodeurs. Du coin de l’œil, il la vit lever une main vers lui et lui tendit la paire de jumelles. Au moment de l’échange, ses doigts heurtant les siens par mégarde, elle se figea. Un court instant. Un très court instant, mais assez pour que Saul saisisse un trouble. Quelque chose qu’elle commençait à comprendre, et qui lui échappait encore. « Là. » Dit-il finalement en lui indiquant un morceau de clôture, vers l’est. « On va faire un trou dans le grillage. Vérifier le contenu du hangar avant de passer au nettoyage. » Il se redressa lentement en attrapant son sac. « Pas la peine de déplacer mes hommes pour rien. » Peut-être n’était-il pas les premiers dans la zone, peut-être un autre groupe, un autre régiment d’armée, était passé avant eux et avait consciencieusement vidé les lieux. Il n’y avait qu’une manière de le savoir.

Ils reprirent la route vers la direction indiquée. Les alentours du hangar semblaient se dégager au fur et à mesure, situation topologique dont Saul n’était pas tout à fait ravi. Une main sur son poignard, il clopinait en avant, tous ses sens en alerte. Ses oreilles entamées par le bruit des moteurs et l’explosion qui avait été fatale à sa jambe, Saul n’entendit pas plus qu’elle le rodeur au sol, ou celui qui évolua à travers les fourrés, à quelques mètres du visage de Thalia. Il se retourna d’un bond en entendant son glapissement, et sans hésiter bien longtemps, balança d’un geste vif son couteau en direction de celui qui se tenait debout. Attrapant l’autre à pleine main avant qu’elle ait eu le temps de réagir, il le jeta un peu plus loin et entreprit de donner des coups sec, violents, de bottes contre le crâne du baveux. Un gargouillement, puis un autre. Le crâne explosa dans la violence du geste, et Saul, pantelant, replaça sa tignasse sur son crâne d’un mouvement de main. Revenant vers Thalia sans lui accorder un regard, il vint chercher le poignard au sol, enfoncé dans le crâne du revenant et l’essuya sur le côté de son pull. Il sentait malgré lui la colère monter petit à petit dans le fond de son bide. Une colère qui ne prenait forme que grâce à son sens inné de survie et de préservation ; et alors qu’il sembla finalement lui porter attention, Saul indiqua le chemin devant eux d’un coup sec du menton. « Passe devant. » Ordonna-t-il.

En chemin, ils évitèrent quelques rodeurs, armée de spectres grognant qui s’en allait, les bras ballants, aux quatre coins de la carte. Finalement au bout de quelques minutes, Saul aperçut les contours du grillage et siffla légèrement dans ses doigts pour attirer l’attention de Davenport. Indiquant un endroit en particulier dans la clôture où le métal s’était plus oxydé qu’ailleurs, il prit de nouveau la tête et vint s’agenouiller lentement, sa prothèse grinçant dans la manœuvre. De son sac couché sur le côté, Saul tira une large pince. Il lui fit signe de surveiller les alentours pendant qu’il s’attelait à la tâche. Mais à peine l’objet en contact qu’une décharge brutale émanant de la clôture le projeta brutalement en arrière, électrisant momentanément ses membres. La lumière, le bruit et son hurlement. Saul gueula quelques insultes supplémentaires dans la foulée, qui ne rajouterait pas grand-chose au barouf qu’il avait déjà produit.

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MessageSujet: Re: (saul) ▬ so much has come before those battles lost and won   Mar 2 Mai - 0:26



SO MUCH HAS COME BEFORE THOSE BATTLES LOST AND WON
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Toujours au sol, je restai un instant figée à regarder la violence de Saul s’abattre sur les deux rôdeurs dont les masses inertes ne tardèrent pas à s’effondrer lourdement à mes côtés. Je jetai un oeil au milicien tout en essuyant mon visage qui avait dans la bataille reçu quelques giclées de matière organique malodorante. La froideur de l’homme qui daignait à peine m’accorder un seul regard me glaça le sang. Ce n’était pas tant son attitude en elle-même qui me perturbait mais le contraste entre cette dernière et ce que j’avais cru initialement percevoir de lui. Je ne parvenais pas à cerner ce type et cela me mettait dans une position particulièrement inconfortable. Un discret soupir passablement agacé s’échappa de mes lèvres. Je ne m’attendais pas à ce qu’il me propose galamment son bras pour m’aider à me relever mais il aurait tout de même pu se fendre d’une petite question afin de s’enquérir de mon état. Certes, il m’avait probablement sauvé la vie mais tout de même, il y avait l’art et la manière. Je me relevai tant bien que mal, tâchant d’écourter l’appui sur mon membre blessé et m’exécutai docilement lorsque Saul m’ordonna de passer devant. J’étais pertinemment consciente que j’étais sur la sellette, il fallait que je sois sage et coopérante. Je laissai le silence s’installer entre nous, ce dernier était probablement mon meilleur allié pour éviter tout impair.

Nous arrivâmes à hauteur du grillage que le milicien comptait couper afin de nous permettre de pénétrer dans l’enceinte de la propriété. Nous abordions le bâtiment par la mauvaise direction mais ce n’était clairement pas pour moi le moment de l’ouvrir. Je m'éloignai de quelques pas et sortis mon arme tandis que Saul se mit à l’ouvrage. Alors que je m’apprêtais à me retourner afin de guetter les alentours, je vis un arc électrique se former entre le grillage et l’outil du milicien. Ma bouche s’ouvrit mais aucun son n’eut le temps d’en sortir. Quelques fractions de secondes plus tard, mon comparse se retrouvait violemment propulsé en arrière. Le cri de l’homme résonna autour de nous puis se furent les injures qui fusèrent. « Merde, putain ! » Ce foutu grillage n’était pas censée être électrique. Ce foutu grillage n’était même pas censé exister. Je n’avais aucun souvenir de sa présence sur le terrain, il avait probablement été installé après mon départ de la task-force. Le système de sécurité avait peut-être été renforcé suite à des incursions de pilleurs. J’osais espérer que l’entrepôt n’avait pas été vidé. Cette considération ne fit que traverser mon esprit, l’urgence était ailleurs. Je me précipitai vers Saul qui était toujours à terre, m’agenouillant à ses côtés. Il respirait, il était conscient. C’était déjà formidable. « Est-ce que ça va ? » Je culpabilisais de l’avoir entraîné vers ce piège, j’espérais que cette mésaventure ne se retournerait pas contre moi.

Mes yeux faisaient des aller-retours entre le milicien et les parages. Les arbustes derrière nous commencèrent à trembler, le froissement des feuilles parvenait à atteindre mes oreilles. Le membre décharné d’un rôdeur fendit soudain le mur végétal, bientôt suivi par le reste de son anatomie. Deux autres cadavres ambulants ne tardèrent pas à l’imiter. Le bruit avait probablement attiré une armée de la mort qui se dirigeait à présent droit sur nous. Je dégainai mon couteau et me relevai promptement. Après avoir mis à mort les trois infectés, j’entamai un sprint d’une centaine de mètres jusqu’au boîtier qui semblait contenir le générateur alimentant le grillage. J’utilisai ensuite la lame de mon couteau comme levier afin de faire céder la porte en plastique puis coupai l’électricité.  Je rebroussai rapidement chemin tandis qu’un énième rôdeur s’échappait du bosquet. Après lui avoir enfoncé ma lame dans la nuque, je m’empressai de rejoindre Saul. « Tu peux marcher ? Il faut qu’on se tire d’ici. » J’attrapai la pince et m’attaquai au grillage. Derrière nous, les grognements des morts se faisaient de plus en plus audibles. « Une fois qu’on sera passé de l’autre côté, on aura qu’à rallumer le générateur et on pourra se faire un putain de barbecue de zombies. »  Les premières mailles sautèrent. Une grimace s’afficha sur mon visage, manier l’outil avec mon bras dominant blessé était loin d’être évident. Il fallait que je me presse, de nouvelles silhouettes en décomposition franchissaient déjà l’orée du bois.


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MessageSujet: Re: (saul) ▬ so much has come before those battles lost and won   Sam 6 Mai - 22:27

Sur la terre froide, dure, entre légèrement mouillée par la rosée du matin, Saul grimaçait ses douleurs en se maudissant cruellement. Une fois encore, la précipitation avait eu raison de lui. Une fois encore, semblait-il, car il s’était cru doué d’une nouvelle prudence depuis que le moteur d’un avion surchauffé avait explosé contre sa jambe, coincée dans une manœuvre idiote et maladroite. Ravalant ses insultes et ses bruits de gorge, il vient attraper son bras de l’autre main pour venir le serrer contre lui. La décharge avait été violente, mais pas assez pour l’assommer ou faire rougir des chairs à vifs. Dans la myriade de sons, de voix portées, de grognements tout proches, ou si loin, d’un monde qui éclatait soudainement, brutalement, aux portes de ses oreilles, Vasarely ne pensa pas à s’inquiéter de la fille, l’inconnue qui l’accompagnait, pas plus qu’il n’eut le courage de se saisir de son poignard à sa ceinture, dont la forme abrupte de l’étui s’enfonçait dans ses flancs. Sans doute aurait-il dû. Sans doute devrait-il. Savait-elle ? Pour le grillage et puis le reste. Pour l’électricité qui continuait – il pouvait le sentir – à parcourir ses membres tétanisés, à s’immiscer entre sa peau et les os. L’avait-elle laissé à son sort pour pouvoir plus facilement l’assassiner ? L’affaiblir puis lui planter le couteau dans la gorge ? Ou pour lui prouver qu’elle était celle qui tenait en main la situation, et qu’il aurait mieux fait, sinon de l’écouter, au moins, lui faire confiance.

Il n’avait pas la force, à l’instant, pour de telles questions, mais en attendant les siennes, s’enquérant de son état, il crut déceler la vérité derrière l’inquiétude de sa voix. « Ça va… » Maugréa finalement Saul en se tournant sur le côté. Les lumières dansaient encore en flammèche devant ses yeux, mais les sensations dans son bras étaient revenues. Il n’était même pas certain qu’elle l’eut entendu, car déjà Thalia avait tourné les talons, s’éloignant de lui. Il eut le courage de relever le menton pour l’apercevoir pourfendre le crâne de quelques rôdeurs, et des yeux, suivit sa descente jusqu’à un panneau électrique, à quelques mètres de là. Un bruissement sur la gauche. Il se retourna péniblement tandis qu’un ultime baveux rampait jusqu’à lui. Vasarely allait pour héler la fille, mais il la sentit bientôt à ses côtés. Tu peux marcher ? Il hocha la tête, lentement. « Ouai. » Maugréa-t-il pour simple réponse. Tandis qu’elle s’attaquait au grillage à présent inoffensif, il tâcha de se remettre debout, titubant légèrement en s’accrochant au métal de la clôture. S’adossant à celui-ci, il accueillit sa remarque d’un grognement, sa main toujours accrochée à son bras, jetant de temps à autres quelques coups d’œil à son travail. Quelques minutes plus tard, elle avait arraché un bon pan de métal. A sa suite, Saul se glissa non sans difficulté à travers la clôture.

La laissant ouvrir la marche tandis qu’il reprenait lentement ses esprits et ses réflexes, le lieutenant attrapa finalement son poignard à la ceinture, levant l’arme pour faire face à l’éventualité d’une attaque. Rien. Lorsque Davenport ralluma le générateur, depuis l’intérieur de la clôture, il regarda s’électrocuter brièvement les quelques baveux qui les avaient suivis, et demanda, dans un grognement : « Tu savais ? » Il leva un doigt en direction du feu d’artifice. « Pour le grillage ? » Il ne la regarda pas. Cela ne ferait aucune différence. Ni pour cette mission, ni pour la suite. Avec une bonne partie de la Milice déjà à dos, il commençait à prendre l’habitude des « erreurs », des « fautes », du « manque de précision » de certains renseignements. « Faut qu’on avance. » Annonça-t-il à Davenport, croisant cette fois-ci son regard. Ils avaient déjà pris assez de retard comme ça, et on les préviendrait sans doute bientôt par radio de l’arrivée du camion. Brisant une fenêtre aux alentours avec le pommeau de son arme, Saul s’engagea dans un des bâtiments. Large, immense. Avec un peu de chance, le hangar qu’il recherchait. L’espace était plongé dans une obscurité féconde en peur, et un silence inquiétant y régnait. Il désigna l’autre bout du couloir à Thalia, l’invitant à s'engager la première. Elle était sans doute la plus à même de savoir où se trouvaient le précieux cargo. Et furent ils attaqué au passage, Saul tiendrait une revanche bien mérité sur son électrocution hasardeuse.


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MessageSujet: Re: (saul) ▬ so much has come before those battles lost and won   Sam 13 Mai - 23:49



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Le temps s’était suspendu. Une légère brise venait plaquer mes cheveux ondulés sur mon visage figé. Saul avait-il réellement laissé entendre que j'aurais volontairement pu le laisser s’électriser ? Je me retournai pour lui faire face, mes sourcils s’arquèrent et ma bouche s’entrouvrit.  Quelques longues secondes passèrent avant qu’un mot ne daigne franchir le seuil de mes lèvres. « Sérieusement ? Tu crois vraiment que … ? » J’étais abasourdie. Quelles intentions me prêtait-il ? Quelles horreurs avait-il bien pu vivre pour qu’une telle accusation lui traverse spontanément l’esprit ? Il fallait avoir une bien basse opinion de l’espèce humaine pour envisager cette éventualité comme suffisamment probable pour être ainsi exprimée à haute voix. Je remarquai rapidement que Saul ne daignait me prêter la moindre attention. Un discret soupir s’échappa de ma bouche. Il me somma d’avancer, un sourire désabusé se dessina alors sur mes lèvres. « Oui, avançons. » Je me remis en marche. Je ne pouvais m’empêcher de lui lancer quelques regards en coin. Je ne savais guère pourquoi j’accordais autant d’importance à son attitude, pourquoi ses réactions me paraissaient si dissonantes. La méfiance était un facteur protecteur de nos jours, qui étais-je pour m’offusquer de reconnaître son empreinte à travers le comportement de mes congénères ? Il y avait autre chose, quelque chose de bien plus intime, de bien plus personnel, quelque chose que je parvenais à peine à frôler, qui appartenait aux secrets de mon inconscient.

Mes pas s’enchaînaient sur cette terre maudite humidifiée par la rosée du matin. L’entrepôt se dressait devant nous tel un géant de tôle. Nous nous engageâmes à l’intérieur sans perdre de temps et la clarté du jour fit soudain place à la pénombre. Je pris la tête du binôme, tentant de visualiser dans mon esprit la topographie des lieux. Les plans gravés dans ma mémoire se superposaient à ma perception de la réalité. Nous étions dans l’aile administrative, ils nous fallait nous enfoncer plus profondément dans l’édifice. Je filai à travers le dédale des couloirs, presque instinctivement. Après plusieurs minutes de progression, nous passâmes une lourde porte battante et nous retrouvâmes face à une seconde en tout point similaire. Mes doigts se resserrèrent autour de la poignée et je me retournai soudain. Mon regard plongea dans celui de Saul d’une manière intrusive, presque agressive. « Si j’avais voulu que tu crèves, tu serais déjà mort. » J’espérais que la douceur de ma voix glisserait sur lui comme du velours. Ce n’était pas une menace, simplement une mise au point. Je ne supportais pas d’être traitée en ennemie. S’il me considérait réellement comme telle, autant cesser immédiatement ce simulacre de collaboration. Autant se dire adieu, autant sortir les armes. « Je ne te demande pas de me faire confiance, je te demande juste de m’accorder le bénéfice du doute. » Je tournai alors la poignée et ouvrai la porte, dévoilant aux yeux du milicien plusieurs centaines de mètres carrés d’étagères, de palettes, de cartons.

Mon visage s’éclaira d’un sourire sincère et je laissai échapper un soupir de soulagement tandis que mon regard vint épouser le plafond qui dominait l’espace à six mètres de hauteur. « Merci Bart ! » C’était un murmure à peine audible qui avait traversé le seuil de mes lèvres. Bart. Je louais le faux humanitaire sorti tout droit de mon imagination qui était censé m’avoir dévoilé l’existence de cet endroit. Un bref éclat de rire vint alors fendre l’air. Ma crédibilité était sauve, la tension se relâchait brutalement. Ma respiration s’accélérait, je ne remarquai même pas qu’elle se faisait de plus en plus superficielle. Mon coeur battait la chamade dans ma poitrine. Je fis quelques pas de manière à ce que mon dos vienne épouser le mur. Ma vision s’obscurcissait peu à peu. Mon visage était aussi blanc que de la porcelaine. Mes ongles vinrent s’enfoncer dans la chair de mon bras. Je me sentais partir et j’implorais la douleur d’être mon ancre, je l’implorais de ne pas me laisser sombrer dans les méandres de l’inconscience.


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MessageSujet: Re: (saul) ▬ so much has come before those battles lost and won   Mer 17 Mai - 1:02

Sur son visage blanc, il lisait la concentration, de ces sourcils froncés qui cherchaient leurs chemins comme sa mémoire, à travers les couloirs. L’édifice semblait large, depuis l’extérieur de son enceinte, terrifiant presque par sa superficie. Les hangars étaient multiples et il leur serait facile de se perdre, aussi Saul prit il soigneusement le temps de noter dans sa tête les couloirs empruntés. Un à gauche, deux à droite, tout droit. Une gymnastique dont il avait gardé l’habitude à chaque nouvelle mission sur des portes avions aussi vastes que complexes. Ici, sur le pan du mur, une trace brune. Là, un extincteur usagé. Autant de signes qu’il laissait s’imprimer dans sa mémoire en suivant à la trace Davenport, hésitante parfois, mais toujours décidée sur la fin, à les mener à bon port. Vasarely ruminait encore la mésaventure du grillage et l’étonnement réel qui semblait habiter la fille quant à sa question hasardeuse. Peut-être que les nombreuses menaces de Milicien peu enclin à s’incliner devant leur sous-chef avaient fini par lui monter à la tête. Ou peut-être que la mise en garde était réelle. Dans l’excitation qui l’habitait à l’idée d’enfin mettre la main sur la précieuse cargaison, Saul avait décidé de mettre ses doutes en attente et les questions de côté. Un tort qu’il espérait ne pas avoir à regretter, et qu’elle lui fit presque remarquer en appuyant sa défense d’une remarque abrupte, presque vicieuse. Le lieutenant s’immobilisa. Davenport avait la main sur la poignée d’une large porte battante, mais son regard venait de le frapper de plein fouet. Le militaire accusa le coup d’un grognement presque inaudible avant de répliquer sur le même ton, avec cette même douceur étrange et malvenue : « Si tu savais le nombre de fois que j’ai entendu ça. » Depuis le début de l’épidémie, et même avant, il y a longtemps, dans la bouche de toute sorte d’individu : survivants, ennemis, Miliciens, rebelles. Supérieur. « C’est à croire que personne n’a très envie de me tuer. » Il lâcha. Elle continua en insistant sur l’importance de la confiance dans une mission de ce type et Saul se retint de rire. La mise au point précédent n’avait pas eu le bon goût d’enterrer la hache de guerre, sinon de le provoquer. Un petit jeu auquel il n’avait pas l’habitude de jouer, pour entrer directement en conflit. Direction face à sa colère. « Ouvre-moi cette porte. » Grinça t-il entre ses dents alors qu’elle s’exécutait sans avoir besoin d’ordre.

Le hangar était sombre, mais le plexiglass au plafond laissait passer assez de lumières pour que Saul s’habitue rapidement à l’obscurité relative des lieux. Alors que Thalia laissait échapper un soupir, le lieutenant la contourna, histoire de mieux voir, s’approchant des hautes étagères en métal vers lesquelles il leva la tête. Bingo, se retint il d’hurler alors que ses mains passaient, frémissante, sur la cargaison intacte. Alors elle n’avait pas menti, finalement. Un sourire s’étira sur son visage alors qu’il oubliait bien vite Davenport et que son esprit se concentrait à la gérance de ces nouvelles denrées inattendues. Il y en avait pour plusieurs mois, si ce n’était années avec un inventaire digne de ce nom. Assez pour nourrir et servir au confort de toute une colonie. Alors que Saul cherchait du regard, le long des étagères, un listing ou un comptage possible de chaque produit, il aperçut du coin de l’œil le dérapage soudain de Thalia. « Hey. » Lança t-il en la voyant chanceler, s’adosser contre un mur. « Assieds-toi. » Il s’était approché de la fille, dont le visage avait tourné blanc. Il l’agrippa par l’épaule en la faisant assoir, s’agenouillant près d’elle non sans difficulté. L’effort fit grincer sa prothèse. « C’est toute cette bouffe qui te met dans cet état ? » Plaisanta Saul en s’essayant à détourner son attention du malaise qui la prenait. Sur le côté de son sac, il attrapa une bouteille d’eau qu’il lui tendit, alors que son regard la jaugeait avec une douceur rétablie, envolée la méfiance brutale. Elle semblait sincèrement soulagée, autant que lui, d’avoir décrocher le gros lot. Tout aussi sincèrement malade, en tout cas. « Reste avec moi, hein ? » Lança t-il, soudainement désintéressé des étagères à perte de vue. Il posa son sac près de lui en actionnant finalement sa radio restée éteinte. « Vasarely pour Pratt. Vous en êtes où ? Terminé. » Il faisait chaud dans le hangar, le soleil commençait à frapper péniblement le plexi. Saul espérait pouvoir la faire sortir rapidement, l’air frais lui ferait du bien.



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MessageSujet: Re: (saul) ▬ so much has come before those battles lost and won   Dim 21 Mai - 23:45



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Ce fut comme si ma conscience m’avait échappée l’espace d’un bref instant. Lorsque mon esprit embrumé renoua avec la réalité, j’avais déjà rejoint le sol et grâce aux lois de la gravité et de l’homéostasie, mon sang semblait à nouveau affluer vers mon cerveau. Au-delà du voile flou et des corps opaques qui flottaient devant mes iris, je vis doucement se dessiner les traits du visage de Vasarely. Peut-être nageais-je en plein délire mais il me parut dégager une certaine douceur. J’attrapai la bouteille d’eau qu’il me tendait tout en me mordillant l’intérieur de la joue. « Fichue morphine…  » Je détournai mon regard qui vint s’échouer entre deux étagères. Il avait fallu que je montre un signe de faiblesse pour que le milicien cesse de me considérer avec cette froide méfiance qui me glaçait le sang depuis que je lui avais montré que je savais me servir d’un couteau et pas uniquement pour couper des oignons. A cet instant précis, alors que ma pression artérielle peinait à décoller, que mon esprit était ensuqué par les opioïdes et que la nausée me soulevait le coeur au moindre de mes mouvements, Saul avait clairement l’ascendant sur moi. Suffisamment pour pouvoir se permettre de se montrer aimable et attentionné, de toute évidence. Ainsi fonctionnaient les relations humaines en ces heures troubles. Peut-être avaient-elles d’ailleurs toujours été régies par ces dynamiques, de manière plus subtile, plus implicite. J’ignorais pourquoi j’avais eu l’intuition qu’avec cet homme, ce serait différent. J’ignorais pourquoi j’avais été déçue lorsque la réalité m’avait montré le contraire. Je n’en étais pas à mon premier round avec un survivant de son genre, je connaissais la musique par coeur. Ces fichus jeux de pouvoir me fatiguaient. Les sourcils haussés, je tournai mon visage vers le sien alors qu’il me disait de rester avec lui. « Tu ne vas pas te débarrasser de moi aussi facilement. » Et un sourire bien trop prévisible vint se dessiner au coin de mes lèvres.

Je dévissai le bouchon que je tenais entre mes doigts, posai mes lèvres sur le goulot et laissai quelques gouttes d’eau glisser le long de la muqueuse asséchée de mon oesophage. Dans le même temps, Saul tentait de contacter les deux hommes partis en quête d’un pneu. Nous fixâmes tous deux la radio pendant quelques interminables secondes de silence profond, endurant conjointement le supplice de l’attente. Je les connaissais pourtant à peine, ces deux types pour qui mon souffle s’était suspendu mais, étrangement, leur sort était la seule chose qui m’importait à l’instant présent. Enfant, j’étais déjà cette fille que les autres, même les adultes trouvaient étrange car les larmes venaient embuer mes yeux lorsque je voyais un camarade blessé grimacer de douleur. La peur que je pouvais ressentir pour des inconnus était de la même espèce que celle que je pouvais ressentir pour mes proches les plus chers. Peut-être était-ce dû à l’idéologie hippie dans laquelle j’avais baignée, peut-être était-ce une question tout à fait biologique d’empathie mais j’avais l’impression d’être en résonance avec l’humanité, que je le veuille ou non. Je ne pouvais m’empêcher de me soucier des autres. Ce n’était pas quelque chose dont je me targuais, ce n’était pas de l’altruisme au sens commun du terme. Je vivais la souffrance de mes congénères dans ma chair, leur angoisse devenait mienne. Dès lors, soulager la première et apaiser la seconde devenaient des préoccupations tout à fait égoïstes.

Un grésillement se fit enfin entendre. Une voix à peine audible se distingua des parasites. « … deux-cent mètres à l’est du camion. » Je tendais l’oreille, m’évertuant à comprendre le sens du charabia qui émanait du récepteur mais je ne parvenais à en saisir que quelques mots. « ... au moins quinze. Ils … » Le discours de l’homme n’était plus qu’un flux inintelligible. En fond sonore, l’on pouvait en prêtant attention reconnaître un concert de grognements macabres. J’approchai mon visage de la radio lorsqu’un cri glaçant d’effroi vint me déchirer le tympan. « MERDE ! » La communication s’était interrompue et le silence imposa à nouveau sa sinistre domination. Je relevai les yeux vers Saul, le visage crispé par l’inquiétude. « Il faut qu’on y retourne. » Je me relevai aussitôt en me tenant au mur. Je planais encore mais l’adrénaline m’aidait à garder la tête sur les épaules. Je remis mon sac à dos sur mes épaules. Nous étions partis à quatre, nous reviendrions à quatre. Toute autre issue était inconcevable.


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MessageSujet: Re: (saul) ▬ so much has come before those battles lost and won   Sam 3 Juin - 22:03

La radio crépite sans réponse, mais bien qu’il ait le doigt sur le receveur, son attention était dirigée vers la fille à ses côtés. La morphine, qu’elle disait ; un contrecoup brutal du voyage et de l’adrénaline qui s’en était suivi. Cette expédition n’avait pas été la balade reposante que Saul avait promis au reste du conseil, mais qu’en sauraient-ils. Ils n’étaient plus très loin de la fin. En détournant le regard vers les étagères gorgées de denrées qui les entouraient, Saul se demandait encore sur quel pied danser avec Davenport. Comment se comporter et qui être, alors que ses intuitions se battaient, dansaient d’un côté et de l’autre de la balance. Soupeser les intentions humaines dans un climat de survie aussi délicat était devenu une activité bien difficile à ses yeux. Certains, tel que Randy, jouissaient d’un talent sans pareil à cet exercice, talent que Saul jalousait secrètement, alors que son regard errait, bien plus compatissant et doux, sur les traits tirés de sa compagne. Elle était encore sous surveillance à ses yeux, inconnue, étrangère, tombant presque trop à pic à l’instant où tout semblait perdu. Mais difficile d’ignorer la souffrance physique qu’elle avait mis de côté pour risquer sa vie pour le bien-être du camp. Qu’il le veuille ou non, Davenport faisait aujourd’hui parti de son équipe. Dans un grognement naturel, presque inné, le visage de Saul se renfrogna – dans une mauvaise foi caractéristique de sa part.

Alors qu’il allait relancer la communication avec le reste de son équipe, leur radio se mit enfin à grésiller. A l’autre bout, des morceaux de phrases peu rassurantes et autant de friture sur la ligne, ce qui laissait à penser que l’endroit était en effet un bâtiment gouvernemental protégé. Ou que leur système de communication commençait à faillir. Se redressant d’un bond sur ses pattes, boitant pour s’éloigner de Thalia, Vasarely porta précipitamment l’objet à ses lèvres, grinçant entre ses dents. « Pratt ? » Pas de réponse. Davenport s’était relevée, son sac sur les épaules. Elle semblait fiévreuse, suffocante. Tout en réfléchissant, Saul attrapa son sac et s’élança à sa suite. Ensemble, ils traversèrent le hangar en direction des grosses portes métalliques donnant vers l’extérieur. Seul le bruit de pas éclataient entre les étagères chargées, l’obscurité de la pièce ne les fit pas ralentir pour autant. Posant sa main sur l’une des larges poignées, Vasarely entreprit de chercher le verrou, les rabats sans doute qui bloquaient l’entrée depuis l’extérieur. Lorsqu’enfin ses doigts se refermèrent sur le mécanisme, il se tourna vers Thalia qui lui suivait toujours et attrapa son bras indemne. « Reste là. » Lui intima-t-il, un peu brutalement, dans des manières qui auraient pu lui sembler naturel si elle l’avait connu. « Manquerait plus que tu fasses un malaise au mauvais moment. Je peux gérer d’aller les chercher tout seul. » Chuchota-t-il. Il pouvait sentir son souffle sur sa joue. Sans plus de négociations, Saul fit glisser de quelques centimètres la première large porte. Immédiatement, une odeur de pourri lui sauta au visage. « Putain de- » Ils étaient une trentaine, grimaçant, gémissant, allant et venant telle une armée de spectre. Dans un coin de sa vision, Vasarely aperçut Pratt et son partenaire en proie à une quinzaine d’autres baveux, rugissant dans leur direction.

« Ok. » Siffla Saul en refermant doucement la porte. « Ok, ok… » Sa main toujours sur le poignet de Davenport commença à trembler. L’ancien lieutenant se dégagea en faisant glisser son fusil de son épaule jusqu’à ses mains. Il le tendit à la fille. « Y’a un pick-up assez haut tout de suite à gauche. Grimpe là. Je te ferai signe. Descends-en le plus possible. Attends qu’on dégage les autres. » De l’étui à sa ceinture, il tira son large poignard, et se pencha pour prendre celui qui pendait également à celle de Thalia. « Je te le rendrais. » Lui promit-il. Il fit glisser de nouveau la porte, assez pour s’y glisser et elle à sa suite. Vasarely l’accompagna rapidement jusqu’à ledit pick-up, assez ravi de voir que les baveux n’avaient pas encore détecté leur présence, et après un dernier regard, s’enfonça sans un bruit à travers les restants de camion. « Pratt. » Siffla-t-il à la radio. « J’arrive, mais il faut que tu m’ouvres. Le portail est électrifié. On va faire en sorte d’en attirer le plus possible de l’extérieur et on rallumera le courant. Over » Raccrocha t-il sans être certain d’avoir été entendu. La technique mise au point par Thalia avait fait ses preuves quelques heures auparavant, sans doute pourraient-ils se débarrasser d’un grand nombre de rôdeur en répétant cette même opération. Saul continuait péniblement sa progression, boitant furieusement en jurant entre ses dents. Son poignard allait et venait, parfois, dans une boite crânienne, et la lame traçait d’imperturbables chemins jusqu’aux cerveaux toujours en service des errants. Par quelques miracles, il trouva la porte ouverte en arrivant, et les deux miliciens toujours en train de se débattre, en prise avec des rôdeurs. Obnubilé par la vue de ses hommes, Vasarely ne remarqua pas le colosse bavant qui s’avança soudainement, brutalement vers lui, et alors qu’il se sentit poussé, perdant l’équilibre, à quelques mètres de Pratt et de l’autre, il ne pensa pas à gueuler le nom, comme un signal, de l’unique personne qui à cet instant, aurait pu lui épargner une mort douloureuse, et vraisemblablement inévitable.



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MessageSujet: Re: (saul) ▬ so much has come before those battles lost and won   Dim 18 Juin - 1:48



SO MUCH HAS COME BEFORE THOSE BATTLES LOST AND WON
saul & thalia






Quelques émotions mêlées parvenaient à m’atteindre à travers l’épaisse enveloppe chimique qui me servait bien malgré moi d’armure vaporeuse contre le monde. Il y avait la révolte, celle d’une femme qui se sentait sous-estimée, celle qui avait envie de rétorquer qu’elle ne ferait pas de fichu malaise et qu’elle refusait de rester en arrière. Il y avait l’éclat de la raison, celle qui parvenait encore à garder le contrôle et qui me murmurait à l’oreille qu’il fallait rester discrète, qu’il fallait rester docile, qu’il fallait éviter d’attirer l’attention. Il y avait son bras sur le mien et cette étrange sensation à laquelle je commençais à m’habituer sans toutefois la comprendre. Il y avait la peur, celle qui montrait son visage lorsque la mort faisait au loin claquer ses sabots, celle contre qui j’avais gagné tant de bras de fer, celle qui avait failli me faire perdre la vie au moins autant de fois qu’elle me l’avait sauvée. Je retenais ma respiration tandis que Saul ouvrait la porte. J’entendis alors le funeste concert de grognements d’outre-tombe résonner au loin. Je restais silencieuse lorsque Vasarely donna ses ordres, plaçant machinalement la bandoulière du fusil qu’il me tendit autour de mon épaule. J’avais compris, j’avais compris qu’il avait l’intention de se jeter dans la fosse aux lions et qu’il comptait sur moi pour le couvrir. Ce plan était stupide. Il était probablement bien meilleur tireur que moi et, pour ma part, j’étais rapide. J’avais encore mes deux jambes. Je laissai échapper un tic nerveux. Dans mille autres circonstances, j’aurais protesté, j’aurais insisté pour que nous échangions nos rôles. Ma témérité avait toutefois attiré la suspicion du lieutenant quelques temps plus tôt. Il fallait que je joue le soldat stupide, que je me contente d’exécuter les ordres. Mue par l’instinct et la surprise, je mis brusquement ma main sur la sienne lorsqu’il dégaina le couteau que j’avais à la ceinture avant de lâcher prise.  « T’as intérêt. »

La porte s’ouvrit. Je lançai un regard soutenu à Saul en guise d’adieu avant de m’élancer vers le pick-up. L’air frais sur mon visage dissipait quelque peu la torpeur opioïde dans laquelle j’étais plongée. J’escaladai le véhicule puis, une fois le toit atteint, je me mis en position de tir. Il me fallut plusieurs essais avant de m’habituer au recul de l’arme. Méthodiquement, j’abattais un par un les rôdeurs qui peuplaient le terrain tout en gardant un oeil sur le membre du conseil qui progressait vers les deux hommes. J’avais déjà bien avancé le nettoyage des alentours lorsque je vis un soldat des ténèbres fondre sur Saul qui tomba à terre. Quelques mètres plus loin, Pratt semblait avoir le contrôle de la situation mais Spencer, l’autre homme, était également au sol et tentait de se débattre face à deux colosses décharnés. Il fallait que je fasse un choix. Ils étaient tous deux à la limite de la portée de mon fusil, ils étaient tous deux aux portes de la mort. Je m’allongeai sur la carrosserie afin de me stabiliser. A travers ma lunette de tir, je visai tour à tour le rôdeur qui s’attaquait à Vasarely et ceux qui menaçait Spencer. Il aurait fallu que je le choisisse lui. Je parvenais clairement à isoler les deux zombies dans ma ligne de mire. L’angle de tir était bien meilleur. En outre, confronté à deux assaillants, il avait beaucoup moins de chances de s’en sortir seul. C’est pourtant en direction de Saul que ma première balle partit. Elle vint ricocher contre le sol, faisant suffisamment de raffut pour attirer l’attention du rôdeur qui éloigna son visage de celui de Vasarely. Ma seconde balle vint se loger dans son front. Alors que je me repositionnais, un hurlement vint déchirer l’atmosphère. Je parvins à abattre les deux zombies qui s’attaquaient à Spencer, trop tard. Le tiers de son mollet se trouvait désormais entre les mâchoires du cadavre. Un souffle glacial s’infiltra au plus profond des mes entrailles. J’avais décidé de qui devait vivre, de qui devait mourir. Non, non. Je refusais qu’il meure, pas ainsi, pas de mon fait.

Je descendis du pick-up et me précipitai vers l’homme, filant à travers les quelques rôdeurs encore debout, dépassant Vasarely sur ma route. «SPENCER !! » Après quelques éternelles secondes de course effrénée, je m’agenouillai à ses côtés.« Je suis là Spencer. Ca va aller. » J’opinai frénétiquement du chef. tandis que, quelques mètres plus loin, Pratt plantait sa lame dans le crâne d’un énième rôdeur. « Ok. Ok. » Le sang du blessé s’échappait abondamment de son membre, se mêlant à la terre, maculant mon jean, recouvrant ma peau. Je défis ma ceinture et la serrai autour de sa cuisse. Il fallait qu’on lui coupe la jambe, c’était sa seule chance de survivre. Viendrait ensuite le problème de l’hémostase. Il allait falloir composer avec les moyens du bord, nous n’avions pas le temps de retourner à Lafayette. Spencer m’attrapa brusquement la main et me fit non de la tête, comme s’il avait compris. Je plongeai mon regard dans le sien, tentant de trouver quelques mots rassurants à lui dire. Il me devança en paroles. « Tue-moi. » Ce n’était pas la première fois que cette requête m’était adressée mais ces mots n’avaient jamais eu une telle portée en moi. En choisissant Saul, j’avais infléchi son destin et il me demandait de le sceller, pour toujours. J’étais  pétrifiée, paralysée, tellement que je n’entendis pas la silhouette décharnée qui s’avançait vers moi. Je vis son reflet dans les iris suppliants de Spencer. Je me retournai et il fondit sur moi. Je tentai de le maintenir à distance, de ne pas céder à la panique. Je n’avais plus de couteau, j’étais à sa merci. Le destin m’avait laissé jouer avec la vie et la mort, il reprenait désormais ses droits.


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